INTERVIEWS
04/06/2003
Caroline Walker (Royaume-Uni) :
Au cours du 29ème symposium international de l'European Brewery Convention à Dublin (17 – 22 mai 2003), Caroline Walker (docteur en biochimie, Royaume-Uni) a abordé le sujet de la littérature médicale concernant les effets d'une consommation modérée d'alcool sur la santé.
Que pensez-vous de l'influence d'une consommation modérée de bière sur la santé ? Caroline Walker : "L'influence d'une consommation modérée de bière ou de vin sur la santé est souvent surestimée. Notre santé est nettement plus influencée par nos habitudes de vie et notre style de vie que par une consommation, modérée ou non, d'alcool. Il est en outre particulièrement difficile de comparer entre eux les effets de la bière et du vin. Les études démontrent que les buveurs de vin ont souvent d'autres habitudes de vie que les buveurs de bière. En règle générale, les buveurs de bière ont un statut socio-économique inférieur, ils fument plus souvent, ils sont plus souvent confrontés à un poids corporel excessif, ils pratiquent moins fréquemment le sport et ils adoptent des habitudes alimentaires moins saines que les buveurs de vin. Plus encore, certains chercheurs sont arrivés à la conclusion que les buveurs de bière sont plus extravertis que les buveurs de vin, qu'ils seraient plus enclins à une agressivité verbale et qu'ils mentiraient plus souvent… Il est évidemment totalement déplacé d'attribuer de telles différences à la consommation de bière ou de vin et cela démontre à quel point nous devons observer une grande prudence lors de l'interprétation des études médicales."
Les études médicales ne sont donc pas toujours crédibles ? Caroline Walker : "Absolument pas. Quelques études flirtent même avec l'absurde. Un groupe d'étude a démontré, par exemple, que la consommation de bière attire les moustiques. Ils sont arrivés à cette conclusion curieuse après une expérimentation consistant à compter les piqûres de moustiques chez les buveurs et les non-buveurs. Ils ont même imaginé une explication : la consommation de bière activerait la transpiration et ce phénomène attirerait les moustiques. Il est vrai que l'explication semble plausible, mais elle reste néanmoins peu crédible. Une seule étude est nettement insuffisante pour établir de tels liens. Une autre étude encore plus absurde a démontré que la consommation de bière protège contre les rayons cosmiques. Cette étude ne fournissait même pas une bonne définition de ce que sont exactement ces rayons cosmiques. De telles études paraissent pourtant dans la presse professionnelle et y côtoient des travaux plus sérieux. Il convient donc d'en conclure que tout ce qui est publié n'est pas forcément la vérité !"
Mais l'influence de la consommation de bière sur les maladies cardio-vasculaires et le diabète a pourtant été démontrée ? Caroline Walker : "En effet. Les effets favorables d'une consommation modérée d'alcool sur les risques de maladies cardio-vasculaires et de diabète sont très plausibles, parce qu'ils ont été démontrés par de nombreuses études. Plus le nombre d'études pointant dans la même direction est grand, plus le lien est évident. La différence entre la consommation de bière et la consommation de vin par rapport à ces maladies est par contre moins évidente, parce qu'un nombre important d'autres facteurs de vie y jouent un rôle, ce qui se traduit par des résultats contradictoires. Globalement, nous pouvons dire aujourd'hui que l'alcool consommé avec modération exerce des effets favorables sur les risques de maladies cardio-vasculaires et réduit les risques de diabète."
La bière constituerait également une protection contre la démence ? Caroline Walker : "Les premières études pointent en effet dans cette direction, mais il est bien trop tôt pour crier victoire. De plus amples études sont indispensables pour confirmer cet effet. A ce jour, on ignore en outre comment est générée précisément la démence. Les médecins connaissent les lésions cérébrales qui débouchent sur la démence, mais la question de savoir avec exactitude pourquoi ces lésions apparaissent dans cette partie bien déterminée du cerveau reste encore un mystère. Lorsque vous ne connaissez pas exactement les raisons qui entraînent l'apparition d'une maladie, il est encore plus difficile d'établir les facteurs qui influencent ce processus."
La bière fait-elle grossir ? Caroline Walker : "Lorsque vous en buvez trop, il est évident que la bière fait grossir. Il nous est impossible de nier l'existence de la fameuse "panse de bière" ! Même si d'autres facteurs complémentaires, comme les habitudes alimentaires, jouent un rôle dans ce processus. D'autre part, nous pouvons dire que la bière ne fait pas grossir si vous la consommez avec modération !"
p>Votre conclusion. Caroline Walker : "Notre santé est influencée en première instance par nos habitudes de vie avec, en tête de ce classement des facteurs d'influence, nos habitudes alimentaires, les exercices physiques et le poids corporel. La question de savoir si, en plus de cela, vous consommez de la bière avec modération importe peu ! La bière ne compense pas les habitudes alimentaires peu saines, comme les repas riches en matières grasses. Tant que vous buvez avec modération, vous n'avez pas de soucis à vous faire par rapport à votre consommation de bière. Vous pouvez donc en profiter l'esprit tranquille !"
Marleen Finoulst EBC Dublin, 21 mai 2003
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